A l’école du management et de la performance entrepreneuriale : La MEBF met en lumière les clés d’un leadership durable à travers un Café Thématique consacré à la préservation de l’énergie du dirigeant


Dans le cadre de sa mission d’accompagnement et de renforcement des capacités des acteurs du secteur privé, la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso (MEBF) a organisé, le vendredi 26 juin 2026, un Café Thématique autour du thème : « Diriger sans s’épuiser : l’art de conduire son entreprise et ses équipes en préservant son énergie et sa lucidité ».
Animée par le professeur Patrick Armand Pognon, coach, enseignant-chercheur en coaching intégral et leadership transformationnel, cette initiative, diffusée en direct sur la page Facebook officielle de la MEBF, s’inscrit dans une dynamique de partage d’expériences et de transmission de connaissances visant à accompagner les entrepreneurs et dirigeants dans l’adoption de pratiques managériales plus équilibrées, efficaces et durables.
Dès l’ouverture de la rencontre, le professeur Pognon a posé les bases de sa réflexion à travers plusieurs exemples des parcours des célébrités internationales, telles que la princesse Diana de la famille royale d’Angleterre, Whitney Houston des Etats Unis d’Amérique, qui sont parfois victimes du poids de leur position de Leader. Cela pour permettre de comprendre pourquoi tant de leaders performants s’épuisent, et comment aller vers des pistes de solutions.
En effet, dans un style participatif avec les acteurs présents, qu’il a appelé « la causerie sous l’arbre à palabre », le professeur Pognon a développé plusieurs points éloquents, parmi lesquels :
- Le piège du dirigeant : performance, surcharge et usure :

Le premier piège du dirigeant performant est précisément sa capacité à faire beaucoup de choses et à résoudre beaucoup de problèmes. Parce qu’il est compétent, engagé et disponible, l’organisation apprend progressivement à dépendre de lui. Plus il résout les problèmes, plus on lui en apporte. Plus il décide, moins les autres apprennent à décider. Plus il contrôle, moins l’organisation développe son autonomie.
Le paradoxe est important : ce qui fait la force du dirigeant à court terme peut devenir sa faiblesse à long terme. Il continue parfois à produire des résultats, mais au prix d’une consommation croissante de son temps, de son énergie physique et mentale, de ses relations familiales et parfois de sa santé.
La distinction entre performance du dirigeant et performance du système devient fondamentale. Une organisation véritablement performante n’est pas celle dans laquelle le dirigeant est indispensable à tout. C’est celle qui peut fonctionner, décider et progresser sans que chaque problème remonte systématiquement jusqu’à lui.
Selon Pognon, le bon dirigeant n’est pas nécessairement celui qui possède toute l’expertise opérationnelle, mais celui qui donne des orientations et veille à leur exécution.
- Le leadership intégral : aligner vision, équipes et vie personnelle pour une performance qui dure :
Le leadership intégral invite à regarder le dirigeant comme un tout. On ne peut pas durablement séparer l’entrepreneur, le manager, le conjoint, le parent, l’être humain et le porteur d’une vision.
Un dirigeant peut réussir économiquement tout en échouant personnellement. Il peut construire une entreprise prospère tout en détruisant progressivement sa santé, ses relations ou son équilibre intérieur. Dans cette perspective, la réussite professionnelle ne suffit pas à définir la réussite du dirigeant.
Si l’entreprise produit d’excellents résultats mais que le dirigeant s’effondre, la performance n’est pas durable. Si le dirigeant va bien mais que l’organisation ne crée pas de valeur, il n’y a pas davantage de performance. Le leadership intégral cherche donc une forme de réussite dans laquelle l’entreprise grandit sans que l’homme ou la femme qui la dirige se réduise.
- Les leviers intérieurs du leadership : gouverner son énergie comme on gouverne son entreprise :

Le temps est une ressource limitée, mais l’énergie disponible pour utiliser ce temps l’est également. Deux dirigeants disposant chacun de dix heures peuvent produire des résultats radicalement différents selon leur niveau de concentration, leur fatigue, leur état émotionnel et leur capacité de discernement.
Gouverner son énergie signifie donc apprendre à identifier ce qui la produit, ce qui la préserve et ce qui la consomme. Certaines tâches consomment beaucoup d’énergie pour peu de valeur stratégique : conflits répétitifs, micro-management, décisions qui auraient dû être déléguées, réunions inutiles, urgences permanentes, sollicitations incessantes.
D’autres activités peuvent au contraire restaurer la capacité du dirigeant : sommeil, activité physique, temps familial, réflexion stratégique, apprentissage, spiritualité selon les convictions personnelles, moments de solitude ou de recul.
La discipline du dirigeant consiste alors à ne plus gérer uniquement son agenda, mais son capital énergétique. Il peut se poser régulièrement trois questions : Qu’est-ce qui mérite réellement mon énergie ? Qu’est-ce qui la consomme inutilement ? Qu’est-ce que je suis le seul à pouvoir faire ?
Être constamment fatigué n’est pas nécessairement la preuve que l’on travaille efficacement. Cela peut aussi signaler une organisation insuffisamment structurée.
- Diriger par le système plutôt que par l’épuisement : Déléguer, structurer, faire confiance :
À mesure que l’entreprise grandit, le dirigeant doit progressivement passer les étapes suivantes : Faire, Faire faire, Organiser, Responsabiliser, Piloter.
Au début, l’entrepreneur est souvent au centre de tout. Cette centralisation peut être nécessaire. Mais, si le même modèle persiste lorsque l’organisation grandit, le dirigeant devient lui-même le principal goulot d’étranglement de son entreprise.
Déléguer ne signifie alors pas simplement « donner du travail ». Une véritable délégation suppose de transférer progressivement une responsabilité, un niveau d’autorité, des moyens et une obligation de rendre compte.
Structurer signifie transformer les habitudes personnelles du dirigeant en mécanismes organisationnels : processus, rôles clairement définis, niveaux de décision, indicateurs, procédures essentielles et routines de pilotage.

Faire confiance ne signifie pas abandonner le contrôle. Il s’agit de remplacer le contrôle permanent des personnes par un système de visibilité sur les résultats. Le dirigeant cesse alors d’être celui qui porte l’organisation sur ses épaules pour devenir celui qui conçoit l’organisation capable de porter sa mission.
Le niveau supérieur du leadership n’est peut-être pas de devenir capable de supporter toujours plus de poids. C’est de construire un système qui n’exige plus que tout le poids repose sur le dirigeant.
Selon le conférencier, qu’il s’agisse d’une personne qui peine à accomplir sa destinée, d’une organisation qui plafonne, d’une institution qui vacille ou d’un système qui s’effondre, la cause profonde réside souvent dans un déficit de structure, de cohérence et de discipline intérieure.
Le Professeur Patrick Armand Pognon est un coach et enseignant-chercheur béninois spécialisé dans le coaching intégral et le leadership transformationnel. Ses travaux et interventions portent notamment sur le développement humain intégral, la gouvernance, la performance collective et la transformation des organisations et des systèmes. Il développe une approche qui articule quatre niveaux d’intervention — l’individu, l’organisation, l’institution et le système — autour des enjeux de cohérence, de discipline et de performance durable. Il est également le concepteur du modèle du « dirigeant architecte de la performance collective ».
Au-delà du simple partage de connaissances, ce Café Thématique traduit l’engagement constant de la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso à proposer des espaces d’apprentissage, d’inspiration et d’échanges au service des entrepreneurs.
SC/MEBF

